Sur écoute

SUR ÉCOUTE...

du théâtre quand même…
Mise en scène Guy Benisty

« Avant de se foutre par la fenêtre, il faut penser à l’ouvrir. » Sim

Contexte

La crise sanitaire plonge le spectacle vivant dans la déroute. Plus de possibilités de se réunir, ou dans des conditions très contraintes. Pour le théâtre plus de vibration des spectateurs qui regardent ensemble dans une même direction. Chacun chez soi et loin les uns des autres.

Pas grand-chose à ajouter à la saturation des discours sur la cause. Ce petit virus de rien du tout, à peine un être vivant, incapable même de se reproduire sans le secours d’un hôte mais qui malheureusement semble avoir une certaine affinité pour les cellules humaines. Trois fois rien, un ridicule petit patrimoine génétique, et qui a pourtant arrêté le cours des choses et plus particulièrement celui des choses théâtrales.

La crise sanitaire risque de rendre difficile pour longtemps l’accueil de spectateurs dans des salles, il est cependant possible de continuer à voir du théâtre durant les mois à venir, c’est ce que nous proposons avec ce spectacle.

prochaines dates

Jouer quand même

Le temps de la sidération et des annulations de spectacles passées, nous pouvons alors inventer un théâtre coronarocompatible. Un théâtre que l’on peut pratiquer tout en respectant les mesures barrières. Je ne parle pas de Zoom, de télé-théâtre ou autre ersatz qui font fi de la présence des spectateurs. Il est même probable que ces conditions particulières nous invitent à inventer un autre théâtre qui se saisit du temps pour avancer vers un renouveau des formes avec des forces créatrices ouvertes sur la vie et sur la ville réelles.

Pendant la crise sanitaire nous proposons un spectacle de théâtre joué au pied des immeubles. Les spectateurs sont à la fenêtre, ils regardent les acteurs dont la voix retransmise dans les appartements leur parvient comme au creux de l’oreille par l’intermédiaire d’un système radio. C’est un peu comme si le spectacle s’inscrivait dans le sillage des applaudissements de 20h00 en prolongeant pour un instant cette drôle de communauté confinée, par un moment de théâtre.

Nous avions déjà éprouvé cette forme au temps des radios libres. À l’époque notre désir de jouer dans les quartiers populaires pour celles et ceux qui manquent aux théâtres, nous avait conduit à créer la radio Fréquence commune, et jouer des spectacles au bas des immeubles que les gens pouvaient voir de leur fenêtre et écouter sur leur poste radio.

Cette forme que nous aimons permet de jouer en réunissant véritablement du public, mais tout en respectant absolument les règles du confinement, puisque les spectateurs sont chez eux.

Comment ça marche ?

Techniquement, le système est simplissime, presque rudimentaire et pourtant très performant d’un point de vue dramaturgique.

Les spectateurs se connectent avec un téléphone, un ordinateur ou une tablette sur la chaine Youtube de la compagnie, et ils perçoivent la voix des comédiens en contrebas munis de micros HF.

Peu ou pas de décor, le spectacle ne nécessite pas d’éclairage de scène, il peut se dispenser d’une alimentation en 220V, ce qui le rend facilement déplaçable, réduit considérablement les contraintes de régie et les temps de montage et de démontage.

Avant les représentations, des affichettes placardées dans les halls annoncent le jour et l’heure des représentations et la manière de se connecter pour percevoir le son du spectacle.

Plusieurs possibilités sont offertes pour cela. Soit en amont du spectacle, communiquer une adresse mail ou un numéro de téléphone et recevoir en retour un lien qui permet de se connecter directement sur la chaine Youtube du Githec. Soit recopier l’adresse indiquée sur l’affiche et la saisir sur un moteur de recherche pour se connecter au son du spectacle. Pour les plus « geeks » on peut aussi placer un flash code sur l’affiche pour récupèrer sans effort les coordonnées de connexion. Dès lors, les spectateurs, à l’aide d’écouteurs ou en plaçant leur téléphone, leur tablette ou leur ordinateur à proximité entendront parfaitement la voix des comédiens, qu’ils observeront depuis leur fenêtre.

Dramaturgie

Des acteurs sur écoute Au théâtre on a coutume de décrire le spectateur comme un voyeur. En effet dans le théâtre classique, le spectateur observe la situation comme au travers d’un trou de serrure. C’est-à-dire qu’il voit sans être vu, c’est ce que dépeint la notion de quatrième mur. Voir sans être vu c’est le propre des spectateurs, autrement dit : être voyeur.

Dans notre dispositif du bas de l’immeuble, ce système est recréé non plus par le regard, mais par l’écoute. Il faut se figurer quelqu’un à une fenêtre qui tout d’un coup pourrait surprendre toutes les conversations des passants qui défilent sous ses yeux. Un couple d’amoureux qui se disputent en confidence, la transaction d’un dealer et de son client, l’échange entre deux amis… toutes ces voix confidentielles lui parviendraient en secret au creux de l’oreille sans risque d’être débusqué. La transgression propre au voyeurisme, qui fonde en partie l’émotion au théâtre est ici reproduite sur le plan de l’ouïe. Notre spectateur se trouve comme un espion un casque vissé sur les oreilles écoutant le monde comme dans une cellule de la DGSE. Les personnages sont sur écoute et cette forme moderne d’espionnage va fonder l’émotion de ce dispositif dramaturgique particulier.

L’utilisation des micros HF et de la retransmission audio dans les appartements permettent cette forme ultra sensible de dramaturgie ou le spectateur plus qu’un voyeur derrière un trou de serrure devient un pervers qui écoute aux portes de la fiction.

Le spectacle

Le spectacle réunirait au plus quatre comédiens, pour être en mesure de respecter les règles de distanciation sociale requises par le post-confinement, et proposerait un programme entre 35 et 45 minutes, mêlant texte classique et contemporain.

Les scènes du répertoire répondent à deux critères, le premier être une sorte de standard du théâtre que les spectateurs sont heureux de découvrir ou de redécouvrir. Le second permettre une mise en scène et une dramaturgie intéressantes et pertinentes avec le dispositif de théâtre à la fenêtre. (Cf. liste des scènes en répétition)

Les textes contemporains seront choisis selon des critères comparables avec en plus le souci de proposer un écho particulier avec la crise sanitaire.

À moyen terme, des scènes pour l’instant en cours d’écriture qui tireront leur inspiration, d’une part de cette dramaturgie particulière du bas de l’immeuble, d’autre part de ce moment fou et déroutant que nous vivons avec la crise du Covid 19, intègreront le répertoire

Liste non exhaustive des scènes envisagées

Dom Juan de Molière (acte III scène 1)

Dom Juan et son vallet Sganarelle déguisés en médecins pour échapper à leur poursuivant débattent de la médecine, puis la conversation glisse sur la question de la religion.

Le Misanthrope de Molière (acte II scène 1)

Une querelle d’amoureux

Le Misanthrope de Molière (acte III scène 4)

Un concours de médisances entre filles, sur un ton faussement poli, Arsinoé raconte à Célimène que des rumeurs courent à son sujet, Célimène lui répond sur un même ton de politesse hypocrite.

Dans la solitude des champs de coton de B-M Koltès

Rencontre entre un dealer et un client.

Roméo et Juliette de W. Shakespeare (scène à déterminer)

Les Existants de Guy Benisty

Les difficultés d’une caissière submergée entre les impératif du boulot pendant la crise sanitaire et un père souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand (acte V scène 5)

La mort de Cyrano.

Le Cinquantième ou les amants désunis de Françafrique de Guy Benisty

Deux assassins chargés de tuer le premier président de la République d’un pays africain. La scène s’inspire de l’assassinat de Sylvanus Olympio, premier président du Togo.

Agonie sur le champ de bataille de Pierre Guillois

Deux guerriers, un sarrasin et un croisé gisent sur le champ de bataille. Paralysés par leurs blessures, incapables de bouger, ils échangent imprécations et vaines menaces jusqu’au dernier soupir.