Kebab project

KEBAB PROJECT

Le Kebab project est un concept créatif qui vise à développer des spectacles à caractère participatif dans les quartiers populaires. On peut aussi le lire comme une série d’invitation personnelle à rejoindre pour un temps une équipe artistique professionnelle, dans le but de participer à la création et aux représentations d’un spectacle de théâtre original.

Les spectacles créés réunissent des amateurs et des professionnels et invitent les participants à partager une part de la responsabilité de l’œuvre produite.

Le pourquoi du comment

Au Githec, la participation est au cœur du processus de création théâtrale, tant elle apparaît aujourd’hui comme la seule voie sérieuse pour produire du théâtre populaire dans les quartiers. En ouvrant les horaires de répétition, en prenant en compte les disponibilités variables et la diversité des modes d’engagements citoyens, le Kebab project s’évertue à tout mettre en œuvre pour s’adapter aux réalités de la mobilisation des acteurs amateurs dans les quartiers populaires.

Contexte

Ce projet est le produit d’un constat réalisé à la croisée des préoccupations citoyennes des entreprises et de l’évolution des modes d’engagements notamment dans les quartiers populaires.

Quelle que soit la façon dont on souhaite l’interpréter, le recul et les évolutions du militantisme associatif dessinent un paysage nouveau et conditionnent des manières d’agir en constante mutation. Si les jeunes nourrissent une forme de défiance à l’égard de leurs aînés et s’éloignent de la politique, ils ne sont pas, pour autant, moins engagés dans l’espace public. Si l’adhésion à une association s’enracinait jadis dans la culture sociale et politique de l’individu, ce modèle militant traditionnel, fondé sur les engagements affinitaires cède peu à peu la place à des engagements désormais contractuels et propre à chacun.

Les entreprises intègrent volontiers des préoccupations sociales, environnementales, dans leurs activités et dans leurs interactions avec la société civile sur une base volontaire (à l’image de la charte Responsabilité sociétale des entreprises).

Si elles témoignent de leur désir d’aller à la rencontre des citoyens les entreprises souffrent encore d’un déficit de présence et d’engagement notamment dans les quartiers populaires. À cela répond la nécessaire adaptation d’un modèle militant désormais mis en demeure d’accueillir des personnes plus que des groupes.

Le Kebab project, s’applique tout autant à mobiliser des entreprises autour des enjeux de parrainage et d’accompagnement des jeunes, qu’à proposer aux habitants des quartiers populaires, un projet leur permettant de moduler leur engagement en fonction de leur situation, dans une logique plus contractuelle qu’idéologique.

Le Kebab Projetc, quésako ?

Le terme kebab, emprunté à l’arabe signifie « grillade ». Dans de nombreux pays faisant partie des mondes ottoman et perse, il désigne un plat à base de viande grillée.

Dans son utilisation francophone, comme dans d’autres langues occidentales, le terme désigne le sandwich fourré de viande grillée à la broche popularisé à Berlin dans les années 1970. Par métonymie, « kebab » désigne également le type de restaurant qui le sert.

Pour nous ce peut-être le lieu d’un événement festif, d’un spectacle, d’une exposition, que les habitants peuvent rejoindre simplement. C’est aussi un lieu imaginaire et emblématique qui renvoie à la réalité de ce que peut être une sortie familiale dans un quartier populaire.

Il faut se représenter l’arrière-salle d’un restaurant turc en banlieue. Une enseigne criarde, sous laquelle on découvre les photographies des plats proposés au menu. Dans la salle un écran diffuse des matchs de football entrecoupé d’info et de publicités en turc. Plafond suspendu bancal, papiers huileux, plateaux en plastique, rayonnages réfrigérés de canettes de sodas, boîtes en polystyrène d’un jaune indéfinissable, et une sempiternelle broche verticale où la viande plantée comme dans une épée tourne et tourne encore au grès des commandes carnassières.

Ce n’est pas calme, des femmes voilées côtoient de grands gaillards blacks, il y a des enfants, dix langues, vingt langages, et on compte ses sous.

Au kebab pas d’abonnement, pas de réservation sur internet, pas de sortie culturelle, pas de programmation plurielle, pas d’exploration d’un univers musical éminemment singulier, entre pop et musique électronique, pas de spectacle jubilatoire, pas de trouvailles de mise en scène, etc.

Le kebab c’est la métaphore d’un théâtre qui pour nous faire voyager loin, s’encre dans le présent des habitants des quartiers populaires, qui en fait le centre du monde, le lieu par excellence où se produit le théâtre qui fait rêver.

Déroulé du projet

1. Composition

Une équipe d’artistes confirmés composent un spectacle. La forme simple mais ambitieuse peut s’inscrire dans un événement festif, ou être présentée pour elle-même, dans un théâtre, une salle des fêtes, ou un lieu alternatif. En dépit des emplois, les acteurs seront capables de jouer chaque personnage. Ils auront la double responsabilité de jouer le spectacle et de former les participants amateurs qui intègreront l’équipe de création.

2.Répétitions

Des comédiens amateurs venus de tous les horizons, sont invités à répéter, un ou plusieurs rôles de la pièce. Ils s’engagent en fonction de leur disponibilité à répéter et jouer le spectacle une ou plusieurs fois aux côtés d’autres comédiens plus aguerris.

Ils convient leur famille et leurs amis à venir les voir jouer.

Cette participation plurielle et sans cesse renouvelée garantit la venue d’un public représentatif de la diversité sociale.

3. Rencontres et partenariats

Les rencontres visent à mettre en relation des habitants des quartiers populaires, des entreprises et des artistes en les invitant à regarder dans une direction commune.

Parrainage

Les entreprises parrainent un jeune entre 11 et 25 ans, qui en retour s’engage à participer à sa mesure à un projet de création culturelle de qualité, qui aura vocation à être présenté lors d’événements festifs dans des quartiers populaires et au-delà. Une convention de parrainage lie le jeune, l’entreprise et le Githec qui deviennent alors des partenaires particuliers du projet.

Les entreprises qui parrainent les comédiens amateurs, apportent une aide logistique, partagent leur réseau et tirent partie de la démarche à la mesure des objectifs citoyens qu’elles déploient. Elles convient les personnels à venir voir le spectacle. Les membres du personnel sont aussi invités à intégrer occasionnellement la distribution.

Les « guest stars »

Des comédiens professionnels connus, sont invités comme les acteurs amateurs à participer à cette aventure aux côté des comédiens amateurs. Ils ne savent pas au préalable avec qui ils partageront le plateau. S’ils sont intéressés par le rôle et par le projet, comme les amateurs ils s’engagent sur un volume de répétition et quelques dates de spectacles. Les comédiens de l’équipe les accompagnent dans les répétitions pour facilité leur participation. Ces comédiens connus mettent leur notoriété au service du projet et de sa diffusion dans les quartiers populaires.

4. Représentations.

Les représentations s’enchainent, accueillant à chaque fois de nouveaux interprètes, amateurs et professionnels qui partagent le plateau avec des comédiens rompus à l’exercice dans une distribution qui se renouvelle sans cesse.

Recherche formelle

Le spectacle présente une particularité formelle, les spectateurs sont invités à garder leur téléphone portable durant la représentation. Au début de la pièce, ils choisissent un personnage dont ils pourront lire les messages SMS pendant le spectacle, ceux reçus comme ceux envoyés. Deux raisons à cela, la première créer un spectateur moderne, la seconde redoubler la position du spectateur voyeur qui fonde le mécanisme du théâtre.

Être spectateur, c’est feindre de voir sans être vu. La situation de voyeur propre à l’émotion au théâtre se trouve redoublée par les moyens du téléphone qui révèle à son insu une part de l’intimité des personnages.

Au surcroit, le spectateur devient un spectateur moderne, c’est-à-dire qu’il ajoute les possibles de son téléphone, comme il le fait à chaque seconde de son quotidien.